Ces maux contre lesquels ATT n'a pas sévi : népotisme, clientélisme, pauvreté, corruption, impunité
Grande fut la joie des Maliens quand ils apprirent que Amadou Toumani Touré (ATT), le héros du 26 mars, allait solliciter leurs voix pour conquérir de nouveau le pouvoir. Cette fois-ci par la voie démocratique. Le retour du tombeur de Moussa Traoré fut alors salué en son temps par une forte majorité de maliens, lassés par l’éternelle querelle de clochers des hommes politiques de l’époque. Aussi, la gestion clanique du pouvoir ADEMA inquiétait plus d’un. Elu en 1992 avec la bénédiction de tous les démocrates convaincus, ATT a plus que déçu durant ces 5 dernières années, tant sa gestion du pouvoir est des plus catastrophiques.
Il serait fastidieux d’égrener le long chapelet de maux perceptibles sous l’ère ATT : népotisme, clientélisme, affairisme, corruption, pauvreté, gestion familiale et patrimoniale du pouvoir, clanisme, régionalisme… Jamais un pouvoir ne s’est montré incapable de lutter efficacement contre toutes ces dérives. Aucun pan de la société malienne n’a été épargné par la gangrène, due à un pilotage à vue, à une gestion laxiste des affaires de l’Etat.
Du responsable douanier, qui continue de s’enrichir insolemment, au juge, qui circule dans une voiture de 40 millions de FCFA, en passant par le petit policier du coin, qui rançonne quotidiennement les usagers de la route, tout le monde pioche à volonté dans les caisses de l’Etat, de surcroît avec les deux mains. Cela au vu et au su de tout le monde. Ne parlons pas des cadres de l’Etat, ces hauts fonctionnaires dont les salaires ne dépassent guère les 200 000 FCFA ; mais qui dorment dans des villas cossues de 100 millions de FCFA.
Des bandes de voleurs qui pillent impunément les ressources de l’Etat. C’est pour davantage narguer le peuple que l’on nous parle du Bureau du Vérificateur, une structure budgétivore aux ordres.
Et ce népotisme rampant qui fait du dernier de la classe, le premier de la promotion. C’est sous ATT qu’on a vu des Ministres de la République qui peinent même à s’exprimer en Français. Lors d’un séminaire, un confrère s’est amusé à faire le décompte des fautes commises par un ministre ATT. Une catastrophe ! « Bon courage à vos travaux », avait-il dit en quittant la salle.
Et cette pauvreté qui se généralise, tandis qu’une minorité d’individus savoure dans des voitures et maisons de luxe les privilèges du pouvoir en place. Pour ces gens tout est rose. Quand on vit dans cette classe-là, en hivers comme en été la température ne varie pas; à la maison, dans la voiture comme au bureau ça neige nuit et jour. On prend, ici, l’apéritif avant le repas accompagné de bon vin et le tout arrosé de champagne. Leurs poubelles sont alors pleines de victuailles.
A l’inverse, la majorité trime, en quête de pitance pour la survie. Ceux-là, contrairement aux autres, ont à peine un repas par jour. Dans cette même classe, il y a les femmes et les jeunes filles, qui, pour la survie sont obligées de vendre leur corps à des hommes qui vivent de corruption. Ce n’est pas pour rien que les filles à la moto Djakarta sont si nombreuses en ville. Ce sont des hommes qui ont l’âge de leurs pères qui les ont offertes contre une passe dans une chambre close.
C’est dans ce Mali bipolarisé, où régnant en maître incontesté et incontestable ATT, suivi par un groupuscule d’hommes politiques qui ne cessent d’emberlificoter le peuple, d’amuser la galerie, de faire la pluie et le beau temps.
Le Président Amadou Toumani Touré est pour certains hommes politiques de notre pays, ce qu’est la canne pour l’aveugle : C’est leur lumière, leur Dieu qui les guide dans un monde de ténèbres. C’est leur fils bien-aimé, le guide bien éclairé, le leader incontesté. Que sais-je encore ?
Igré Tolo
N°36 du Mardi 10 avril 2007