Con-sang-sus politique et échéances de 2007 : La fin du grand festin
Dis-moi qui te soutien je te dirai les trahisons qui t’attendent. Notre rôle d’observateur de la scène politique exige de nous une certaine prudence face aux événements que nous analysons, sans passion aucune, pour interpréter afin de permettre à l’opinion publique de mieux comprendre la vie politique, son évolution et les hommes qui l’animent. Ne jamais se fier à la logique politicienne est, à mon humble avis, la meilleure règle qui vaille.
Depuis quatre ans, au nom du pseudo concept du con-sensus, made in Mali, nos hommes politiques, des vrais caméléons, se sont efforcés, malgré la disparité de leurs couleurs, à offrir un semblant de ‘’ symphonie’’ pour endormir la conscience populaire. Dire que ce n’était pas une alliance de circonstance et d’intérêts hypothétiques, c’est faire preuve d’un certain misérabilisme intellectuel aux contours souvent sentimentalistes et partisans. Mais c’est également( et surtout) oublier que ‘’ de même que dans la vie privée, on distingue entre ce qu’un homme dit ou pense de lui et ce qu’il est et fait réellement, il faut distinguer, encore davantage dans les luttes historiques entre la phraséologie et les prétentions des partis et leur constitution et leurs intérêts véritables, entre ce qu’ils s’imaginent être et ce qu’ils sont en réalité”.
Cette alliance dont le seul destin est incontestablement la séparation est une remise en cause de la lutte héroïque et de la victoire( dans le sang) d’un peuple qui, à force de supporter l’insupportable s’est finalement résolu à “ oser inventer l’avenir’’. S’il est vrai que nous avions parlé de révolution, il n’en demeure pas moins que la suite( aujourd’hui surtout) n’a rien de révolutionnaire. A moins que la révolution d’un peuple ne se définisse pas comme “ la matérialisation de sa volonté consciente de modifier radicalement les conditions qui sont les siennes en vue de les substituer des conditions nouvelles qu’il aura lui-même déterminées, selon ses besoins fondamentaux, selon ses principales aspirations et la hiérarchie des valeurs morales et économiques qui les définissent et soulignent leur degré d’urgence”.
Du multipartisme -que le peuple a appelé de tous ses vœux- on se retrouve dans une multitude de partis uniques, du débat démocratique au mutisme politique, du combat idéologique aux querelles d’intérêts( partage du gâteau) avec comme seule résultante, le culte de la personnalité.
J’ai pitié et honte de ces hommes et femmes hypnotisés, des pseudo analystes intellectuellement invertébrés, des intellectuels mal formés et bien formatés qui louent un système qui “puise sa force dans sa faiblesse même et sa respectabilité dans le mépris qu’il inspire’’. Le seul argument qui vaille pour eux: “le consensus est gage de stabilité’’. Mon œil, oui! De quelle stabilité parlons-nous? Qui n’a pas en mémoire la conspiration flagrante de la Constitution le 4 juillet dernier à Alger au sujet de la crise au nord. “…Passions sans vérités, vérités sans passions, héros sans héroïsme; histoire sans événements; développement dont la seule force motrice semble être le calendrier, fatiguant par la répétition constante des mêmes tensions et des mêmes détentes; antagonismes qui ne semblent s’aiguiser périodiquement d’eux-mêmes que pour pouvoir s’écrouler sans se résoudre…” disait le grand Karl Marx dont l’enseignement constitue l’un des sommets de la pensée humaine pour reprendre les notes de l’éditeur. Trêve de bavardage péroraison donc!
L’heure de la vérité
Inexorablement, on s’achemine vers les échéances électorales (législatives et présidentielle) de 2007. L’heure de la vérité a donc sonné! Le consensus s’est, bel et bien, effrité comme un château de cartes, il suffit de regarder, l’agitation, l’effervescence des formations politiques qui ont démissionné de leur rôle quatre pénibles années durant. Au fur et à mesure que l’on s’approche du grand rendez-vous électoral, le général président est laissé seul, et ce, au moment où il a plus que jamais besoin de leur soutien pour surmonter les dures épreuves auxquelles il fait face. Pour cause! Après les tristes événements du 27 mars 2005, suite au match de football qui a opposé les aigles du Mali aux éperviers du Togo, on se rappelle encore que tous les partis politiques (ou presque) avaient organisé un grand meeting de soutien au président ATT, au Palais de la Culture, Amadou Hampathé Ba. Rappelons également que les casses qu 27 mars n’avaient rien de politique, c’était juste une déception des jeunes passionnés du ballon rond, et qui ont mal digéré la défaite, à domicile, de l’équipe nationale face à une petite équipe du Togo. Quoi qu’il en soit , cette attitude est condamnable.
Aujourd’hui le pays vit le plus long scandale de la République pour emprunter les termes de François-Xavier Verschave. Pendant que le livre ATT-cratie: la promotion d’un homme et de son clan” met le président dos au mur, aucune voie ne se (re) lève pour le soutenir. Certes, avant hier, le PCR, par un communiqué laconique, a voulu marquer son soutien.
Je ne porte, pour l’instant, aucun jugement sur le livre en question mais juste démontrer à quel degré le soutien au général président manque de sincérité. Une véritable farce politique. Comme pour dire” pour le meilleur, nous sommes avec toi mais pour le pire sauve qui peut”.
Les partis politiques et les leaders qui les dirigent sont à l’origine de cette situation chaotique dans laquelle ils ont plongé le pays. Qu’on le veuille ou non ce n’est pas le Président ATT qui est le premier responsable du chaos politique actuel.
Cependant comme le disait Karl Marx “on ne pardonne pas à une nation, pas plus qu’à une femme, les moments de faiblesse où le premier aventurier venu a pu leur faire violence”. Le consensus n’est ni plus ni moins qu’un marché de dupe. “A quelque chose malheur est bon”. Le peuple malien sait désormais à quel type d’hommes politiques, il a affaire. Prendra-t-il son destin en main pour qu’émerge une nouvelle conscience politique? A méditer!
Par Abdoulaye Barry
Le Public N°29 du Vendredi 10 Novembre 2006