ATT et le pouvoir : Le parachute se desserre, l’étau se resserre
Du manifeste à la compromission d’Abuja en passant par le livre « ATT-cratie: la promotion d’un homme et de son clan », l’ancien parachutiste fait face à une situation où les points de chute cèdent la place à une véritable guérilla politique.
Hegel fait quelque part cette remarque que ‘’ tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire une deuxième fois”. Et Karl Marx s’écriât : ‘’ il a oublié d’ajouter: la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce”. A juste raison : Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l’oncle… Mais revenons encore plus près de nous, à la fin du XX ème et au début du XXI ème siècle et constatons: ATT de 2002 à 2006 pour ATT de 1991 à 2002.
L’observateur avisé a fait sa lecture mais le plus sentimentaliste de tous verra là un cliché caricatural.
Toutefois, les faits hurlent toujours assez fort contre le mensonge et ébranlent, à jamais, la conscience du menteur. Et, la vérité, si elle est abattue, se relèvera toujours, pour difficile que ce soit le moment, pour décevante que ce soit l’heure.
De la révolution de 1991 et des acquis du projet démocratique, les politiques en ont fait un ample vêtement, brodé de fines fleurs de leur langue de bois, tout imprégné d’une chaude rosée de revirement idéologique et ils habillèrent le squelette de leurs intentions réelles. Conséquences: l’impasse appelle l’incertitude, la démocratie rebâtie sur des ‘’principes nouveaux’’, -auxquels n’avait guère fait allusion le chantre de la démocratie, Jean Jacques Rousseau -, le tout débouchant sur la dégringolade quasi généralisée.
La situation politique de notre pays qui présentait des symptômes d’une amnésie grave -mais auxquels on a pas prêté attention en vue d’un diagnostic sérieux- s’est détériorée au fur et à mesure que l’on s’achemine vers les élections générales de 2007. L’atmosphère bon enfant a bel et bien vécue. Pire, aujourd’hui, le pays vit une crise politique ouverte jamais vue depuis 2002.
Les amis d’hier qui n’ont certainement pas été récompensés, à souhait, ont ouvert une offensive et dénoncent, tantôt à visage découvert, tantôt sous couvert de l’anonymat, les dérives flagrantes d’un régime qu’ils jugent “visiblement populiste et foncièrement dictatorial’’. Au début était le manifeste, puis apparaît le livre Att-cratie: la promotion d’un homme et de son clan; le feuilleton continue et livre la semaine dernière l’épisode qu’il est convenu d’appeler “la compromission d’Abuja”. Ce n’est pas fini ! Les auteurs du fameux livre surgissent tel le très controversé Ben Laden et promettent une deuxième ‘’frappe”. A les en croire la dose serait encore plus amère. La confusion fait rage et pris de panique le général perd son sang-froid et rue dans les brancards comme le témoignent bien ses menaces à l’occasion de la sortie de quelques promotions de la Police. L’imbroglio socio-politique que vit le Mali aujourd’hui, loin d’être un fait banal ou une intempérie passagère, est une véritable tempête- prévisible- qui promet des effets boules de neige. Le président ATT a le dos au mur, pris dans le piège des hommes politiques dont la conviction se mesure à l’aune de leurs seuls intérêts, c’est à dire toujours prêts à changer devant les espèces sonnantes qui font trébucher.
En venant au pouvoir ATT pensait pouvoir changer les choses mais entre le désir de l’homme et les réalités du système l’hiatus est palpable. Gouverner un Etat exige tout un programme, une volonté mais surtout des hommes de qualité (intellectuelle et morale). Or c’est dans le choix des hommes que le général président a péché en s’entourant d’une bande d’opportunistes au seuil de l’incompétence qui lui avait fait serment d’allégeance sans se faire prier. Plutôt que de l’aider, ils ont excellé dans le culte de la personnalité, à la limite de la vénération, ce qui a entraîné le populisme rampant auquel on assiste.
Le général président qui passe pour être un révolutionnaire n’a certainement jamais feuilleté un classique des chantres de la révolution. Sinon il aurait compris avec Lénine que : “ les hommes ont toujours été et seront en politique les dupes naïves des autres et d’eux-mêmes, tant qu’ils n’auront pas appris derrière les phrases, les déclarations et les promesses morales, religieuses, politiques et sociales à discerner les intérêts de telles ou telles classes dominantes’’.
Plus loin ATT se rendra compte que ‘’ les partisans des reformes et améliorations seront dupés par les défenseurs du vieux régime aussi longtemps qu’ils n’auront pas compris que toute vieille institution si barbare et pourrie qu’elle paraisse, est soutenue par les forces de telles ou telles classes dominante.
Et, enfin le président ATT conviendra avec Lénine que ‘’ pour briser la résistance de ces classes, il n’y a qu’un seul moyen : trouver dans la société même qui nous entoure, puis éduquer et organiser pour la lutte, les forces qui peuvent - et doivent de par leur situation sociale- devenir la force capable de balayer le vieux et de créer le nouveau”.
Que fera maintenant le général président devant les grandes portes de l’histoire qui se referme chaque instant un peu plus ? Se ressaisira-t-il ?
A Barry
Le Public N°28 du 27 octobre 2006