Ces richesses qui paupérisent l’Afrique
L’Afrique est-elle, en définitive, le continent du paradoxe ? On peut répondre par l’affirmative, sans vouloir choquer qui que ce soit, notamment ces hommes et femmes qui carburent dur, sous le soleil et la pluie, toujours contre vents et marrées, pour une prise de conscience collective afin de renverser la tangente. Du reste, les réalités sont-là, assez palpables, pour démontrer à juste titre que l’Afrique est le continent de la démesure. Tout (ou presque) y est immense: les ressources naturelles mais surtout la paupérisation des masses laborieuses. Le poids de la dette et la déliquescence des économies(nationales) inféodée par des politiques déloyales achèvent la dégringolade. Depuis l’aube des indépendances, ou du moins supposées telles, l’Afrique tente péniblement d’être ‘’débout’’, après avoir vécue, des siècles durant, les “pires douleurs de l’histoire de l’humanité, aussi bien dans la matière que dans l’esprit”. En vain. Les exploitants d’hier et d’aujourd’hui, hypothèquent tout espoir de renaissance et d’indépendance véritable du continent. Oui! Mais surtout avec la complicité d’une certaine race de chefs- d’Etat africains à la solde de l’occident.
Les immenses réserves de matières premières de l’Afrique(Or, diamant, bauxite, pétrole, gaz, caoutchouc etc.) n’ont presque rien changé dans le quotidien des populations - qui triment dans une misère assourdissante- toujours préoccupées par des questions de survie à défaut de trouver mieux. Elles ont, au contraire, servi à entretenir des foyers de tension(avec leur corollaire de guerre fratricide inter-minables), à alimenter les industries de l’occident dont les multinationales sont passées championnes dans l’art de piller pour mieux assujettir. Le Burkina Faso, le Mali sont des grands producteurs de coton et d’or, la Guinée Conakry regorge à elle seule les 2/3 des réserves mondiales de bauxite, le Tchad produit du pétrole mais restent hélas parmi les pays les plus pauvres au monde. Et n’arrivent pas à assurer le bien-être de leur peuple encore moins amorcer le développement. A cause de leurs richesses, les deux Congo, la Sierra Leone, le Libéria, l’Angola etc. ont tous connu des décennies de conflits meurtriers dont ils continuent de porter irréversiblement les séquelles. La crise qui frappe aujourd’hui la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao pourrait bien tirer ses origines dans cette course pour le pillage des ressources du continent.
Résultat: au plan politique et économique, la parfaite collusion entre les dirigeants africains et leurs ‘’pères” occidentaux contribue à accentuer chaque jour un peu plus la dépendance du continent vis-à-vis des puissances (néo)coloniales. L’aide au développement, les prêts, les discours de charité et de générosité servent à voiler la nature réelle de la coopération nord-sud et des conséquences déplorables qui en résultent. La panne des démocraties( de façade) et l’échec des modèles d’intégration résultent, sans doute, de cette maffia qui ne dit pas son nom.
Par Abdoulaye Barry
Le Public N°25 du 06octobre 2006