Il y a 12 ans ATT disait ceci : “Les rebelles ont été intégrés sur des bases mal propres”
"Les choses se sont gâtées sous la troisième République parce que les instruments conçus pour éradiquer l’insécurité n’ont pas fonctionné. Ces instruments sont entre autres la commission de cessez-le-feu, le désarmement et l’intégration des combattants, les unités spéciales temporaires, les unités spéciales permanentes, les corps de sécurité intérieure. Voilà des instruments qui, après l’apaisement né le 11 avril 1991, s’ils avaient été mis en place, auraient permis à l’Etat ayant déjà gagné temporairement la paix ( le cessez-le-feu) de gagner aussi la sécurité définitive au Nord. Malheureusement, ces mesures n’ont pas été correctement appliquées. D’avril 1992 à avril 1994 il n’a existé aucune des structures majeures prévues dans le pacte et capables de prévenir et de contenir la reprise des hostilités…. Là où il était prévu une intégration totale sur une base individuelle et volontaire et selon des critères de compétence, ce qui aurait conduit inévitablement à la dislocation des mouvements rebelles, les autorités ont trouvé le moyen d’intégrer sur des bases mal propres. Elles n’ont pas réussi à séparer les intégrés de leur mouvement pour en faire des combattants au service de la nation. Pire, les intégrés sont venus à l’armée nationale avec armes et bagages sans qu’on ne soit au préalable rassuré de leurs compétences…Il n’avait jamais été question de remettre des grades aux chefs rebelles pendant nos négociations et aucun point du pacte ne le mentionne. Il n’était pas non plus prévu de recrutement dans la fonction publique. Toutes choses qui ont été reconnues dans les accords d’Alger (10-15 mai 1994). Nulle part dans le pacte ne figurent les mots Touarègues, Sonrhaï, Peulh ou Bellah. Il est écrit noir sur blanc, population du nord du Mali, c’est-à-dire que tout le monde est concerné et que rien ne sera exclusivement réservé à une ethnie". Il dénonçait non seulement la légèreté des mesures mises en œuvre par la troisième République mais aussi et surtout prédisait (en filigrane) qu’un jour ou un autre la crise allait éclater de nouveau. Huit ans après, c’est-à-dire en juin 2002, Amadou Toumani Touré, lui-même, est revenu aux affaires à l’issue d’une élection présidentielle jugée libre et transparente. ATT gérait le pays, sans aucune attention particulière sur la crise à rebondissement qui secoue le Mali depuis l’indépendance en 1960. De nouveau, comme il semble l’avoir prédit, la crise éclate, le 23 mai 2006 précisément. A la sauvette, d’autres accords (encore) d’Alger sont signés en vue de préserver la paix et la stabilité. Si dans la forme, on peut apprécier ce geste qui pose le dialogue comme préalable à la résolution de tout "différend’’ il n’en demeure pas moins que dans le fonds les accords d’Alger II repose sur du sable mouvant. Ils n’offrent pas, jusqu’à preuve de contraire, un gage d’une solution durable à ces révoltes qui n’en valent souvent pas la peine. A moins que l’on ne soit à la recherche d’une échappatoire. Amadou Toumani Touré qui reprochait à la troisième République le manque de rigueur vient de faire preuve de légèreté en ordonnant la signature, à la va-vite, le 4 juillet dernier des accords d’Alger. Les questions relatives à la l’intégrité nationale, la sécurité et la défense, sont à notre humble avis, des questions essentielles dont la résolution préconise que le dialogue qui en découle ne soit pas complaisant. Elles méritent une analyse profonde pour mieux appréhender tous les aspects de la crise. Les accords signés le 4 juillet dernier à Alger résultent-ils d’un véritable débat qu’aurait nécessité l’énigmatique question du nord? Sans doute, non! L’argumentaire (ou du moins supposé tel ) développé par les acolytes du pouvoir en place nous laisse comprendre qu’ils ne mettent nullement en cause ni la constitution ni le pacte nationale. Soit ! Qu’au contraire, ils sont le prolongement du pacte national. Or c’est dans ce prolongement qu’il y a question puisque le général Président ne partageait pas, à l’origine, la manière dont ces instruments avaient été conçus et mis en œuvre par les tenants du pouvoir de la troisième République. S’il est vrai que les derniers (pardon) les récents accords sont véritablement le prolongement des premiers (entendez par-là une suite logique), on est tenté de s’interroger sur leur consistance pour garantir une paix durable. Le prolongement d’un mauvais instrument peut-il être meilleur ? Qu’y a changé de 1994 à nos jours? Pourquoi la lecture de ATT sur la crise du nord a-t-elle évolué si vite, à telle enseigne qu’elle met à nu une contradiction patente entre ses propos d’hier et ses actes d’aujourd’hui ? A. Barry