Présidentielle 2007 : Un rendez-vous électoral sans enjeux
Si la coutume est respectée, le successeur du Président français, Jacques Chirac félicitera, en juin prochain son homologue malien Amadou Toumani Touré pour sa " brillante réélection". Que ce soit, Ségolène Royale, Nicolas Sarkozy, José Bovet ou quelqu'un d'autre, la règle est intangible au même titre que les frontières africaines, héritées de la colonisation. Peut-on organiser des élections en Afrique et les perdre? "Non!"; pour peu que l'on partage l'assertion du Président gabonais, Omar Bongo Ondimba. La campagne présidentielle a-t-elle déjà commencé au Mali ? Officiellement pas encore. Mais tactiquement, toutes les techniques sont mises en œuvre pour préparer la bataille de juin 2007. Le dernier assaut pour plus d'un. Comme dans plusieurs autres domaines, une élection ne se gagne pas le jour du vote. Ça se prépare avec tous les jeux possibles le plus souvent au mépris de la morale. Du reste, existe-t-il une morale en politique ? Là c'est une autre paire de manches. A quelques douze petits mois de l'élection présidentielle, le constat est bien frappant pour démontrer que les candidats et leurs clans sont bel et bien en pré-campagne. D'une part, le candidat à sa propre succession ( même s'il refuse pour l'instant de se prononcer sur la question), Amadou Toumani Touré fait son jeu à travers ce qu'il est convenu d'appeler la télémythologie. Chaque soir, le général Président occupe à l'envi une grande partie du Journal télévisé (JT). Des voyages aux coupures des rubans symboliques ( Dieu seul sait combien il en fait) en passant par les visites de terrain, les inaugurations, les poses des premières pierres de ceci ou de cela et des rencontres (sous sa haute Présidence) à la remise des clés en passant par les cérémonies de lancement, les réceptions, les audiences etc., rien ne passe ou ne doit passer inaperçu sur la chaîne de télévision nationale dite de ''service public''. ''Les gens disent que ATT même ne fait qu'inaugurer. Moi je continuerai d'inaugurer même demain'', a-t-il lancé lors de sa traditionnelle conférence de presse du 8 juin, date de son investiture à la magistrature suprême. A l'annonce ( à travers des spots publicitaire) de chacun de ses voyages à l'intérieur du pays, les pauvres villageois vivant dans la panade quotidienne sont galvanisés à souhait pour lui réserver un accueil digne d'un " Massatiè de son rang". Et alors, les acclamations, les tam-tams, les slogans, les éloges, les cris de joie ( éphémères), les danses traditionnelles fusent. Ici comme ailleurs la politique est fortement soumise à la télévision, à travers cette manipulation maligne des images et des sons dont la finalité est de mettre le public sous hypnose. Ainsi parvient-on à anesthésier les parties du cerveau de l'individu qui lui permettent de juger de la substance des choses, de sorte qu'il ne soit plus sensible qu'aux seules apparences. De l'autre côté, les candidats, potentiels comme "figurants" travaillent dans l'ombre. N'ayant pas forcement accès aux "puissants" médias comme leur rival, eux, multiplient les voyages à l'extérieur pour avoir le nerf de la guerre sans lequel une élection est presque d'avance perdue sous nos cieux. Les dés sont déjà jetés Après l'ère des seigneurs de guerre qui ont régné en maître absolu sur le continent berceau, le vent de démocratie du début des années 1990 - suite à la Conférence de la Baule- l'Afrique continue de flotter tel un flacon de calebasse sur un fleuve au gré des tâtonnements du multipartisme, des tripatouillages constitutionnels et des dérives des régimes successifs. Aujourd'hui, les emprisonnements des leaders d'oppositions se sont atténués mais les Chefs d'Etat sont passé champion dans l'art de gagner à tout prix, les parodies d'élections ''free and fair'' qu'ils organisent et qu'ils remportent avec brio. L'expérience nous enseigne que les Chefs d'Etats sortants sont plébiscités lors des différents scrutins présidentiels. Ils ont le secret. Si le résultat des urnes ne leur est pas favorable, ils renversent les urnes elles-mêmes. L'image la plus choquante de l'année 2005 restera celle de ce militaire togolais fuyant au vu et au su de tous d'un bureau de vote avec une urne entre les bras. La suite est connue. La dynastie des Eyadema reste au pouvoir à vie. Qui dit mieux ? Au Mali, il ne nous revient pas de prédire les conditions dans lesquelles va se dérouler l'échéance présidentielle de juin prochain encore moins de comparer notre système démocratique à la réalité d'autres pays du continent. Non ! L'élection présidentielle a de forte chance d'être libre et transparente. Mais seulement au regard de la nouvelle situation politique que vit le pays depuis juin 2002, l'issue de l'élection est presque connue. La pauvreté voire l'indigence du discours démocratique a fait dire à notre confrère Cheik Yerim Seck, collaborateur à Jeune Afrique que "Amadou Toumani Touré sera face à lui-même". Les hommes politiques ayant assassinés l'âme de leurs partis respectifs sur l'autel de leurs intérêts personnels, ce ne peut en être autrement. Comme l'Adema, tout laisse à croire que le Cnid de Me Tall, le Rpm de Choguel Maiga, l'Urd de Younouss Touré, l'Us-Rda de Badra Alou Macalou etc., jetteront l'éponge au moment opportun. Seul face à son destin, Ibrahim Boubacar Kéita, quoi qu'il arrive se lancera dans la course pour la conquête du pouvoir. Autant dire qu'en juin 2007 ce sera tous contre IBK. Certains candidats sortiront de l'ombre mais leur poids et leur charisme sont insuffisants pour faire trembler l'adversité. L'éventualité d'un second tour risque de déjouer les pronostics. D'où la peur bleue qui bouillonne dans le ventre de la mouvance présidentielle. "Si ATT ne gagne pas au premier tour, il risque de perdre au second tour. C'est pour cela nous allons tout mettre en œuvre pour lui assurer la victoire dès le premier tour'', nous confiait un proche du Président, au volant de sa Pajéro d'une valeur avoisinant les 50 millions de F CFA. Ibrahim Boubacar Kéita parviendra-t-il à déboulonner le général Amadou Toumani Touré en 2007 ? A méditer. A. Barry